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            Villeneuve-la-Comptal est un village castral du XIIe siècle. Son territoire réunit le décimaire[1] de Saint-Pierre, à l’origine de la paroisse, celui de Saint-Martin de Mourriès et une partie de celui de Saint-Pierre de Campagne. En revanche, le territoire de Laval-des-Rous (fermes actuelles de Laval-Basse et Laval-Haute) restera autonome jusqu’à la Révolution avant d’être englobé dans la nouvelle commune de Villeneuve-la-Comptal[2]. Le village occupe les premières pentes des reliefs de la Piège et se situe face à l’oppidum protohistorique du Roc[3].

            Le nom du village, Villeneuve-la-Comptal fait référence à sa fondation : fonder une ville neuve. Son église paroissiale dédiée à saint Pierre et saint Paul est mentionnée dès 1162 (ecclesia de Villanova)[4], La deuxième partie du nom évoque une fondation comtale (comitati), la graphie Comptal n’apparait qu’au XVIIIe siècle. À noter qu’en 1793, le village change de nom, pour faire disparaître toute trace de l’Ancien Régime et devient Villeneuve-le-Peuple, nom qu’il gardera jusqu’à la Restauration. Sa fondation peut être liée à un comte de Toulouse[5] désireux de fonder une ville neuve, située dans la partie orientale de ses terres, non loin (à la limite) des fiefs contrôlés par les Trencavel de Carcassonne. En 1271, Villeneuve-la-Comptal apparait dans les textes en tant que castrum (village fortifié)[6]. Le village s’est développé sur trois côtés autour du château et de l’église qui occupent la position la plus élevée. Le toponyme Mestrelem, appellation de l’ancienne place du même nom, aujourd’hui place du monument aux morts, pérennise peut-être cette position haute : la place où le maître (mèstre = le maître = le seigneur du lieu) voit loin (lem contraction de l’occitan lenc ou luènh).

                Le cimetière, site ecclésial[7] primitif, occupe un relief d’une altitude de 230 mètres. Celui-ci est éloigné du village castral d’environ 400 mètres. Le compoix de 1597, le nomme cimetière saint-Pierre. Une série de magnifiques croix discoïdales[8], visibles dans le hall de la mairie actuelle, a été trouvée dans celui-ci. On peut raisonnablement penser qu’il abrite les restes de l’église primitive, transférée ensuite dans le castrum à son emplacement actuel.

            Cette « ville neuve » du comté de Toulouse bénéficiait d’une charte de franchise : les anciennes coutumes de la communauté furent confirmées le 8 avril 1255 par Guilherme de Saissac, fille héritière du seigneur des lieux, Pons de Villeneuve. Garanties, libertés et protections étaient précisées de façon à attirer de nouveaux habitants à l’intérieur de la ville fortifiée. Murailles, fossé, pont levis, gardes en assuraient la sécurité. Il n’y avait qu’une seule entrée : l’actuelle rue des remparts face à la mairie. Les restes de la porte et des puissants remparts de défense y sont encore bien visibles.

            Transformée en baronnie par François 1er, la seigneurie de Villeneuve-la-Comptal est achetée vers 1517, à la famille de Caraman, par Jean de Bernuy (Burgos vers1475-Toulouse 1556), illustre marchand de pastel toulousain. Cet homme d’affaires richissime transforma les dépendances du château en atelier pour agranar (amender) le pastel. Le magasin d’où partait le pastel ainsi conditionné était situé à l’angle nord-ouest du château. Lors des guerres de religion, les Bernuy de Villeneuve optèrent pour le camp protestant. Leurs biens furent mis sous séquestre, le village attaqué, assiégé, pris, repris et brûlé… En 1598, le site était en ruine et des logements pour accueillir les survivants furent construits devant l’église et dans le parc du château. En 1693, la famille de Bernuy céda par un mariage la baronnie de Villeneuve à celle des Ricard qui la conserva jusqu’à la Révolution. En 1793, le vent républicain souffle sur la commune et Villeneuve-le-Peuple remplace Villeneuve-la-Comtal… Sous la Restauration, retour à l’ancienne dénomination avec cependant l’adjonction de la lettre p qui vient s’introduire dans « comtal » pour donner le nom actuel.

            Depuis 1800, grâce aux divers recensements et dénombrements de population, on peut suivre l’évolution du nombre d’habitants de la localité. Avant cette date, le registre des délibérations de la communauté de 1743-1777[9] mentionne 88 feux[10] et 434 personnes : « Lassemblée ayant entendu la lecture dudit Etat contenant quatrevingt huit feux et le nombre de 434 personnes. Il a été délibéré d’approuver ledit Etat qui a été certiffié par M.M. les Consuls pour être remis à M le Subdélégué » En marge de cette délibération est mentionnée la date du 7 avril 1766[11].

Tableau de l’évolution générale de la population de Villeneuve-la-Comptal de 1766 à 2017[12].

Année

Population

Gains ou pertes

% des pertes ou gains par rapport au recensement précédent

1766

434

   

1800

466

+32

+ 7. 3

1807

481

°15

+ 3.2

1812

530

+49

+ 10.1

1820

496

- 34

- 6.4

1826

507

+ 11

+ 2.2

1831

570

+ 63

+ 12.4

1836

565

- 5

- 0.2

1841

601

+ 36

+ 6.3

1846

625

+ 24

+ 3.9

1851

632

+ 7

+ 1.1

1856

545

- 87

- 13.7

1861

583

+ 38

+ 6.9

1866

567

- 16

- 2.7

1872

558

- 9

- 1.5

1876

576

+ 18

+ 3.2

1881

537

- 39

- 6.7

1886

523

- 14

- 2.6

1891

506

- 17

- 3.2

1901

425

- 81

-16.0

1906

419

- 6

-1.4

1911

417

- 2

-0.4

1921

365

- 52

- 12.4

1926

348

- 17

- 4.6

1931

330

- 18

-5.1

1936

320

- 10

- 3.0

1946

339

+ 19

+ 5.9

1962

323

- 16

- 4.7

1968

345

+ 22

+ 6.8

1975

603

+ 258

+ 74.7

1982

903

+ 300

+ 49.7

1990

1053

+ 150

+ 16.6

1999

1025

- 28

- 2.6

2006

1167

+ 142

+ 13.8

2007

1188

+ 21

+ 1.7

2013

1241

+ 53

+ 4.4

2017

1305

+ 64

+ 5.1

            Ce tableau rend bien compte de l’évolution de la population de la commune. Il en ressort une augmentation irrégulière de la population du milieu du XVIIIe siècle au milieu du XIXe siècle. La population du village, en 1851, constitue un optimum de population car elle ne cesse de baisser par la suite : en 1901, la population de la commune n’atteint même pas le chiffre de 1766. Cette évolution se retrouve d’ailleurs dans maintes autres communes rurales de France. On notera les pertes dues à la guerre de 1914-1918, puis l’effet de l’exode rural à partir des années trente. À partir des années soixante-dix le phénomène inverse se produit. La commune voit sa population augmenter. De nouveaux habitants, attirés par un « retour à la nature » mais surtout des taux d’imposition plus bas et des prix des terrains constructibles incitatifs choisissent d’y implanter leur résidence principale au détriment de la ville de Castelnaudary. Ce phénomène de périurbanisation est particulièrement marqué à Villeneuve-la-Comptal, commune la plus proche de Castelnaudary et accessible rapidement grâce à la généralisation de la voiture particulière. De nouveaux lotissements pavillonnaires voient ainsi le jour en dehors de l’ancien village, modifiant son aspect tant sur le plan paysager que sociologique. Ces « néo-ruraux », pour la plupart travaillant en ville, constituent aujourd’hui la majorité des habitants de la commune[13].

            Enfin, la commune peut s’enorgueillir d’avoir servi de terrain d’expérience à Clément Ader. Les travaux de ce dernier dans la région de Castelnaudary, entre1870 et 1873, ont récemment été étudiés par Lucien Ariès[14] « […] Ader construit à Castelnaudary un appareil qu’il appelle « l’oiseau en plume » avec lequel il réalise des essais aéronautiques, en planeur captif, sur les coteaux de Villeneuve-la-Comptal. […][15] » Les essais des déroulent au lieu-dit Pech de la citadelle, aujourd’hui signalé par une table d’orientation, maquette en inox à l’échelle 1/3 de « l’oiseau de plumes » à quelques dizaines de mètres du sentier de randonnée des « Collines du Vent ».

 

Hervé Antoine, Maire de Villeneuve-la-Comptal

Michel Dauzat, Président du Centre Lauragais d’Études Scientifiques

 

[1] Territoire de la localité

[2] Dauzat (M.), « Chronique des fouilles médiévales », Archéologie Médiévale, tome 13, pp. 323-324 ; tome 14 pp. 1984, pp. 372-373 ; tome 17, pp. 263-264 ; tome 18, 1988, pp. 372-373 ; voir également Dauzat (M.), « Les Mottes castrales du Lauragais, notes préliminaires », Le Lauragais Histoire et Archéologie, Actes du LIVe Congrès de la Fédération historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon et du XXXVIe Congrès de la Fédération des Sociétés académiques et savantes de Languedoc-Pyrénées-Gascogne, Castelnaudary 13-14 juin 1981, Montpellier, 1983, p. 82 et 85 ; Passelac (M.), « Nouvelles découvertes et observations aériennes de sites médiévaux en Languedoc », Archéologie du Midi Médiéval, tome  II, 1984, p.6..

[3] Passelac (M.), « L’oppidum protohistorique du Roc à Villeneuve-la-Comptal (Aude) », Atacina 4, 1969, pp. 37-45.

[4] Sabarthès (A.), Dictionnaire topographique de la France. 5, Dictionnaire topographique du département de l'Aude : comprenant les noms de lieu anciens et modernes / réd. par l'abbé Sabarthès; publ. par ordre du ministre de l'Instruction publique ; et sous la dir. du Comité des travaux historiques et scientifiques : « église paroissiale dédiée à saint Pierre et saint Paul ; la cure, d’abord unie à l’abbaye d’Alet, fut unie depuis 1318 à la collégiale Saint-Michel de Castelnaudary, sénéchaussée du Lauragais, Ecclesia de villanova ;1162 (Gall. Christ., Vi, Instr., c 109) »

[5] Peut-être Alphonse-Jourdain (1109-1148).

[6] Cazes (J-P.), Habitat et occupation du sol en Lauragais audois au Moyen Âge, Thèse de doctorat nouveau régime, Université de Toulouse-le-Mirail, 1998, 4 volumes, p. 505

[7] Habitat regroupé autour de l’église.

[8] Passelac (M.), « Quatre stèles discoïdales de Villeneuve-la-Comptal (Aude) », Archéologie en Languedoc, no  spécial, Les stèles discoïdales, 1980, pp. 85-86.

[9] Archives départementales de l’Aude, Villeneuve-la-Comptal, Registre des délibérations communales du 10/03/1743 au 08/05/1777, 100NUM/AC430/1D1.

[10] Sous l’Ancien régime un feu correspond à une famille et servait au calcul de l’impôt.

[11] Dauzat (M.), Démographie de Villeneuve-la-Comptal du milieu du XVIIIe siècle au milieu du XIXe siècle, Toulouse, Université de Toulouse-le-Mirail, mémoire de maîtrise sous la direction d’Armengaud (A.) et Souriac (A.), 1997, p 12.

[12] De 1766 à 1851 voir Dauzat (M.), Démographie de, op. cit. p. 20.

[13] Dauzat (M.), Démographie de, op. cit. pp. 19-24.

[14] Ariès (L.), « De l’oiseau en plumes au brevet de Clément Ader sur l’avion », Pages lauragaises 5, Centre Lauragais d’Études Scientifiques, GN Impressions, Villematier, 2014, pp. 53-63 et Ariès (L.), Clément Ader en Lauragais, Terre d’essais aéronautiques, Association de Recherches Baziégeoise Racines Environnement, Paris, Impr. Jouve, 2011.

[15] Ariès (L.), « De l’oiseau en plumes, op. cit. p. 53.

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